Proposition de loi visant à renforcer la lutte contre les usages détournés du protoxyde d'azote
En clair
Ce dossier porte sur une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre les usages détournés du protoxyde d'azote, un gaz utilisé notamment dans les siphons à chantilly mais aussi détourné à des fins récréatives. L'Assemblée nationale a adopté des mesures pour durcir les sanctions contre la vente de produits facilitant son extraction à des fins psychoactives, avec une amende portée à 7 500 €. Des amendements ont aussi été adoptés pour intégrer la prévention dans les missions locales, les enseignements de sécurité routière et les actions des missions locales. En revanche, un amendement proposant une interdiction totale de vente aux particuliers a été rejeté, maintenant l'accès libre pour un usage alimentaire. Les débats montrent une volonté de cibler les usages dangereux sans interdire totalement le produit. Les votes disponibles ne portent que sur des amendements et ne permettent pas de déterminer la position globale des groupes.
Résumé généré par IAM. Daniel CHASSEING, M. Jean-Pierre GRAND, M. Pierre Jean ROCHETTE et 23 autres
L’usage détourné du protoxyde d’azote est en recrudescence chez les collégiens, lycéens et étudiants avec des consommations répétées, voire quotidiennes. Cet amendement vise à renforcer la prévention relative aux usages détournés et dangereux de protoxyde d’azote dès les classes de cycle 3 des écoles élémentaires (CM1 et CM2). Il est essentiel d'expliquer de façon pédagogique les dangers associés à l'utilisation du protoxyde d'azote dès le plus jeune âge. Son usage abusif n'est pas à prendre à la légère et il est essentiel de reconnaître les dangers associés et d'éviter de normaliser cette pratique.
M. Daniel CHASSEING, M. Jean-Pierre GRAND, M. Pierre Jean ROCHETTE et 24 autres
Cet amendement vise à transformer le système déclaratif des professionnels vendant du protoxyde d'azote en système d’agrément pour une meilleure traçabilité.
M. Bernard PILLEFER, M. Jean-François LONGEOT, Mme Annick BILLON, Mme Annick JACQUEMET, Mme Brigitte DEVÉSA, M. Pierre-Antoine LEVI, Mme Denise SAINT-PÉ, M. Alain DUFFOURG, Mme Nadia SOLLOGOUB, M. Pascal MARTIN, Mme Jocelyne GUIDEZ, M. Édouard COURTIAL
La loi du 1er juin 2021 tendant à prévenir les usages dangereux du protoxyde d'azote, a instauré une interdiction de vente et de distribution des produits spécifiquement destinés à faciliter l'extraction de ce gaz à des fins psychoactives. En commission, la rapporteure a renforcé les sanctions existantes en relevant le montant de l’amende pour la vente et la distribution de ces produits : initialement fixée à 3 750 € par la loi de 2021, elle est portée à 7 500 €. En complément de cette disposition, l’auteur de cet amendement propose d’intégrer une nouvelle infraction afin de sanctionner le fait de détenir ou de transporter ce type de matériel. Cette proposition d’amendement est issue de la proposition de loi visant à lutter contre la consommation détournée du protoxyde d’azote, déposée par Mme Valérie Létard et plusieurs de ses collègues du groupe Union Centriste, en octobre 2022.
Mme Maryse CARRÈRE
Coordinations juridiques pour l’application des nouvelles dispositions aux îles de Wallis et Futuna.
Mme Maryse CARRÈRE
Amendement de précision rédactionnelle.
Mme Maryse CARRÈRE
Amendement rédactionnel.
Mme Anne SOUYRIS, Mme Raymonde PONCET MONGE, M. Guy BENARROCHE, M. Grégory BLANC, M. Ronan DANTEC, Mme Monique de MARCO, M. Thomas DOSSUS, M. Jacques FERNIQUE, M. Guillaume GONTARD, Mme Antoinette GUHL, M. Yannick JADOT, M. Akli MELLOULI, Mme Mathilde OLLIVIER, M. Daniel SALMON, Mme Ghislaine SENÉE, Mme Mélanie VOGEL
L’article 1ᵉʳ de cette proposition de loi vise à sanctionner l’usage détourné du protoxyde d’azote en instaurant une pénalisation spécifique, à restreindre sa détention par les mineur.e.s, et à encadrer plus strictement sa vente via un système déclaratif et des restrictions horaires. Toutefois, cet article soulève plusieurs difficultés majeures qui justifient la suppression des alinéas 2 à 5. Tout d’abord, la pénalisation de l’usage des psychotropes est inefficace et contre-productive. L’approche répressive en matière de substances psychoactives a en effet démontré son inefficacité totale. La pénalisation de l’usage du protoxyde d’azote risquerait de reproduire les écueils déjà observés dans la lutte contre les drogues : une surcharge du système judiciaire, une répression ciblant principalement les consommateur.ice.s sans enrayer l’offre, et une invisibilisation des usages problématiques au détriment de la prévention et de l’accompagnement sanitaire. La priorité doit être donnée à l’information et à la réduction des risques plutôt qu’à des sanctions pénales inefficaces et stigmatisantes. Les auteur·ices du président amendement privilégient une interdiction claire pour les particuliers de la vente de proxotyde d’azote plutôt que la mise en place d’un système déclaratif. En effet, une interdiction formelle serait plus cohérente et aurait le mérite de la simplicité. Si le législateur estime que le protoxyde d’azote représente un danger avéré pour la santé publique, il conviendrait de l’interdire totalement à la vente pour les particulier.ère.s (qui ne semblent s’en servir que pour des siphons à chantilly, une pratique qui ne semble pas d’une importance vitale), plutôt que mettre en place des restrictions partielles et difficiles à appliquer. Plutôt qu’imposer un cadre réglementaire lourd et complexe, il serait plus pertinent de réserver strictement la vente aux usages professionnels et médicaux, avec des contrôles adaptés aux circuits de distribution concernés. Pour ces raisons, nous demandons la suppression des alinéas 2 à 5, qui reposent sur une logique répressive inefficace et une approche contradictoire quant aux dangers supposés du protoxyde d’azote.
Mme Marion CANALÈS, M. Patrick KANNER, Mme Annie LE HOUEROU, Mme Monique LUBIN, Mme Émilienne POUMIROL, M. Jean-Luc FICHET, Mme Catherine CONCONNE, Mme Corinne FÉRET, M. Bernard JOMIER, Mme Laurence ROSSIGNOL
Cet amendement a pour objectif d'élargir les dispositifs de prévention aux missions locales, afin de toucher un public plus large, notamment les jeunes adultes en dehors du système éducatif. Il propose d'intégrer spécifiquement la prévention des usages détournés de protoxyde d’azote, ainsi que les effets psychoactifs et les risques associés, dans les missions des missions locales, notamment en ce qui concerne le repérage des situations nécessitant un accès aux droits sociaux, à la prévention et aux soins. En 2017, 25% des étudiants avaient consommé du protoxyde d’azote. En 2021, l’enquête EnCLASS (enquête nationale en collège et en lycée chez les adolescents sur la santé et les substances - OFDT) montre que l’usage à l’adolescence ne semble pas marginal dans la mesure où 5,5% des élèves de 3e disent en avoir déjà consommé. La MILDECA a récemment précisé que les signalements aux centres antipoison (CAP) et aux centres chargés de l’addictovigilance (CEIP-A) se multiplient alors qu’un signalement sur 10 concerne un mineur. Depuis 2019, le nombre de cas évalués par les CEIP-A a été multiplié par 10 ; ceux mentionnant des complications neurologiques graves ont triplé entre 2020 et 2021 (atteintes de la moelle épinière ou des nerfs). L’âge moyen de consommation du protoxyde d’azote se situe autour de 22 ans, ce qui concerne donc aussi des individus ayant quitté le système éducatif. Cette mesure vise ainsi à renforcer les actions de prévention au-delà du cadre scolaire, en ciblant efficacement cette tranche d’âge et en élargissant les espaces de prévention adaptés à cette population.
Mme Marion CANALÈS, M. Patrick KANNER, Mme Annie LE HOUEROU, Mme Monique LUBIN, Mme Émilienne POUMIROL, M. Jean-Luc FICHET, Mme Catherine CONCONNE, Mme Corinne FÉRET, M. Bernard JOMIER, Mme Laurence ROSSIGNOL
Cet amendement a pour objectif d'élargir les dispositifs de prévention aux missions locales, afin de toucher un public plus large, notamment les jeunes adultes. Il propose d'ajouter la prévention des conduites addictives et des risques associés dans les missions des missions locales, en particulier concernant le repérage des situations nécessitant un accès aux droits sociaux, à la prévention et aux soins. En effet, selon la MILDECA, l’âge moyen de consommation du protoxyde d’azote est de 22 ans, ce qui concerne des individus ayant quitté le système éducatif. Cette mesure vise ainsi à renforcer les actions de prévention au-delà du cadre scolaire, en ciblant efficacement cette tranche d’âge et en élargissant les espaces de prévention adaptés à cette population.
Mme Marion CANALÈS, M. Patrick KANNER, Mme Annie LE HOUEROU, Mme Monique LUBIN, Mme Émilienne POUMIROL, M. Jean-Luc FICHET, Mme Catherine CONCONNE, Mme Corinne FÉRET, M. Bernard JOMIER, Mme Laurence ROSSIGNOL
Cet amendement vise à interdire la vente de protoxyde d'azote aux particuliers, tant dans les magasins physiques que sur les plateformes en ligne. La vente et la distribution d’accessoires facilitant la consommation comme les crackers ou les ballons dédiés à cet usage sont déjà interdites. La proposition de loi, déposée et examinée concomitamment au présent texte, visant à renforcer la prévention et la lutte contre le risque incendie lié aux batteries au lithium et aux cartouches de protoxyde d’azote dans les installations de collecte, de tri et de recyclage, rappelle qu’un arrêté du 19 juillet 2023, entré en vigueur le 1er janvier 2024, interdit la vente de cartouches de protoxyde d’azote de plus de 8,6 grammes et de boîtes contenant plus de dix cartouches aux particuliers. Bien que cette substance soit légalement utilisée dans des contextes alimentaires et médicaux, son usage détourné à des fins récréatives pose de graves risques pour la santé publique. Les professionnels pourront toutefois continuer à se procurer ce produit par le biais de circuits de vente spécifiques. L’objectif principal de cette mesure est de restreindre l'accès au protoxyde d'azote afin de limiter son usage détourné, notamment chez les jeunes, et ainsi protéger la population des risques sanitaires, notamment les troubles neurologiques, respiratoires et cardiovasculaires graves. Bien que la loi du 1er juin 2021 interdise déjà sa vente aux mineurs et limite les quantités vendues, ces mesures se révèlent insuffisantes, car la consommation de ce gaz demeure élevée, notamment parmi les jeunes. L’âge moyen de consommation se situe par ailleurs à 22 ans, âge auquel la formation du cerveau n’est pas achevée et où les lésions sont extrêmement graves. En outre, son usage engendre des nuisances environnementales importantes, avec des capsules et bonbonnes laissées dans les espaces publics. À l’instar de la proposition de loi adoptée à l’Assemblée nationale et face à cette situation alarmante, cet amendement propose de légiférer sur l’accessibilité même de ce produit en l’interdisant à la vente aux particuliers, tout en préservant son usage légitime à des fins professionnelles et contrôlées.
Mme Marion CANALÈS, M. Patrick KANNER, Mme Annie LE HOUEROU, Mme Monique LUBIN, Mme Émilienne POUMIROL, M. Jean-Luc FICHET, Mme Catherine CONCONNE, Mme Corinne FÉRET, M. Bernard JOMIER, Mme Laurence ROSSIGNOL
Cet amendement vise à introduire une mesure de sensibilisation spécifique dans le cadre des enseignements liés à la sécurité routière, portant sur les risques liés à l’usage détourné du protoxyde d’azote pour en obtenir des effets psychoactifs. La consommation « festive » du protoxyde d’azote, de plus en plus répandue chez les jeunes et jeunes adultes, est un facteur d’inquiétude pour la sécurité routière. Cette substance chimique agit principalement sur l’état du système nerveux central en modifiant certains processus biochimiques et physiologiques cérébraux. Elle altère le discernement et les réflexes des conducteurs tout en désinhibant son jugement. Cette consommation a d’ores et déjà causé de nombreux accidents : 2 morts dans l’Hérault à Saint Thierry en 2021, à Echirolles en décembre 2021, à Nîmes en septembre 2023 ou à Toulouse en novembre 2023 pour ne citer qu’eux. Le protoxyde d’azote est un gaz qui, à l’origine, est destiné à des usages alimentaires (cartouches pour siphons à chantilly) ou médicaux (anesthésie). Cependant, son usage détourné consiste à l’inhaler via un ballon après avoir "craqué" une cartouche, ce qui provoque des effets euphorisants et des distorsions sensorielles. Ces déchets sont souvent retrouvés dans les habitacles des voitures accidentées. Ces effets peuvent entraîner une altération de la vigilance, de la coordination motrice et de la capacité de jugement, créant ainsi un danger majeur, particulièrement lorsqu’il est consommé avant de prendre le volant. Cet amendement répond à une nécessité urgente de prévention et d'éducation en sensibilisant les jeunes conducteurs aux dangers de cette pratique. L’objectif est de les inciter à adopter des comportements responsables et à prendre conscience des risques qui y sont associés. Il permettrait de garantir que tous les élèves bénéficient d’une information complète et actualisée sur les dangers liés à l’usage détourné de substances comme le protoxyde d’azote.
Mme Anne SOUYRIS, Mme Raymonde PONCET MONGE, M. Guy BENARROCHE, M. Grégory BLANC, M. Ronan DANTEC, Mme Monique de MARCO, M. Thomas DOSSUS, M. Jacques FERNIQUE, M. Guillaume GONTARD, Mme Antoinette GUHL, M. Yannick JADOT, M. Akli MELLOULI, Mme Mathilde OLLIVIER, M. Daniel SALMON, Mme Ghislaine SENÉE, Mme Mélanie VOGEL
Le protoxyde d’azote, initialement destiné à des usages médicaux, industriels et alimentaires, fait l’objet depuis plusieurs années d’un détournement massif à des fins récréatives, en particulier chez les jeunes. Cette consommation pose un problème majeur de santé publique, avec des conséquences graves et croissantes, tandis que son seul usage par les particulier.ère.s – à savoir son emploi comme gaz propulseur dans les siphons à chantilly – ne justifie pas son maintien en vente libre. En effet, les conséquences sanitaires liées à l’usage détourné du protoxyde d’azote sont particulièrement préoccupantes. Ses effets immédiats incluent des pertes de connaissance, des asphyxies et des troubles moteurs, tandis que des complications plus graves peuvent apparaître à moyen et long terme. De nombreuses études médicales et remontées du terrain font état d’atteintes neurologiques sévères, résultant notamment d’une carence en vitamine B12, pouvant entraîner des handicaps durables. Les professionnel.le.s de santé alertent également sur les risques cardiaques et psychiatriques liés à cette consommation. Malgré l’interdiction de vente aux mineur.e.s instaurée en 2021, la substance reste largement accessible, notamment en ligne, rendant cette mesure inefficace pour endiguer son usage détourné. Par ailleurs, le seul usage légal du protoxyde d’azote par les particulier.ère.s – à savoir son utilisation dans les siphons à chantilly – ne constitue en aucun cas une nécessité. Contrairement à d’autres produits réglementés qui remplissent une fonction essentielle, maintenir en vente libre une substance aux risques avérés ne semble pas indispensable. Enfin, interdire la vente aux particulier.ère.s permettrait d’adopter une approche à la fois plus efficace et plus simple sur le plan administratif. Plutôt que créer un dispositif déclaratif complexe et difficilement applicable tel que proposé dans l’article 1er, une véritable “usine à gaz hilarant” qui alourdirait la charge des commerçant.e.s et des autorités de contrôle sans garantir une réelle limitation de l’accès au produit, une interdiction claire et directe éviterait au contraire ces lourdeurs tout en réduisant efficacement les risques. En restreignant la distribution du protoxyde d’azote aux seul.e.s professionnel.le.s habilité.e.s, on garantirait ainsi une meilleure protection de la santé publique, tout en simplifiant considérablement le cadre législatif.